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L'infibulation : cette tradition qui prive les femmes de leur intimité

Bellissima n° 53-2026 | publié le Jeudi 04 juin 2026
mutilation
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Au XXIe siècle, alors que les femmes conquièrent des espaces de liberté, certaines continuent pourtant de voir leur corps contrôlé, mutilé et privé de son intégrité dès l'enfance. Parmi les pratiques les plus traumatisantes figure l'infibulation, une forme extrême de mutilation génitale féminine encore pratiquée dans plusieurs régions du monde.
Souvent réalisée sur des fillettes âgées de quelques mois à quinze ans, l'infibulation consiste à retirer partiellement ou totalement les organes génitaux externes puis à coudre ou rétrécir l'ouverture vaginale, ne laissant qu'un minuscule passage pour l'urine et les menstruations. L'objectif affiché est presque toujours le même : contrôler la sexualité des femmes, préserver leur « pureté » avant le mariage et garantir leur fidélité future.
Longtemps considérée comme un sujet tabou, cette pratique concerne encore aujourd'hui des millions de femmes. Selon les estimations de l'Organisation mondiale de la Santé et de l'UNICEF, plus de 230 millions de filles et de femmes vivant actuellement ont subi une forme de mutilation génitale féminine. 

L'infibulation demeure particulièrement présente dans certaines communautés d'Afrique de l'Est, de la Corne de l'Afrique et dans certaines régions du Moyen-Orient.
Si les campagnes de sensibilisation ont permis de réduire sa prévalence dans plusieurs pays, la pratique n'a pas disparu. Elle se perpétue parfois dans la clandestinité, portée par des traditions ancestrales, des pressions sociales ou des croyances selon lesquelles une femme non excisée serait impropre au mariage.
Mais les conséquences sont dévastatrices.
La douleur physique est immédiate. Souvent réalisée sans anesthésie et dans des conditions sanitaires précaires, l'infibulation peut provoquer des hémorragies sévères, des infections, des traumatismes et parfois même la mort. Pour celles qui survivent, les séquelles peuvent durer toute une vie.
Les menstruations deviennent souvent douloureuses. Les infections urinaires sont fréquentes. Les rapports sexuels peuvent être associés à une souffrance intense. Lors de la grossesse et de l'accouchement, les risques de complications augmentent considérablement, mettant parfois en danger la vie de la mère et de l'enfant.
Mais les blessures ne sont pas uniquement physiques.
De nombreuses survivantes décrivent une perte profonde de confiance en leur corps, des troubles anxieux, des épisodes dépressifs et des traumatismes comparables à ceux observés après des violences graves. Certaines parlent d'une rupture irréversible avec leur féminité. D'autres racontent avoir grandi avec la conviction que leur plaisir, leur désir ou leur autonomie n'avaient aucune valeur.
Car derrière l'acte chirurgical se cache une réalité plus profonde : l'idée que le corps féminin doit être contrôlé.
C'est précisément ce que dénoncent aujourd'hui les militantes, médecins et associations qui luttent contre les mutilations génitales féminines. Leur combat ne vise pas seulement à protéger les petites filles ; il cherche également à redonner une voix à des millions de femmes dont l'histoire est restée longtemps silencieuse.
Partout dans le monde, des survivantes prennent désormais la parole. 

Elles racontent leur douleur, mais aussi leur résilience. Elles refusent que l'infibulation soit réduite à une tradition culturelle intouchable et rappellent qu'aucune coutume ne peut justifier la souffrance ou la privation des droits fondamentaux.

Souvent confondue avec l'excision, l'infibulation en est en réalité la forme la plus extrême. Cette pratique consiste non seulement à retirer une partie des organes génitaux externes, mais aussi à refermer partiellement l'ouverture vaginale, avec des conséquences qui peuvent marquer une femme toute sa vie.
L'infibulation n'est pas une question de culture ou de religion. C'est une question de santé, de dignité et de liberté. Et tant qu'une seule petite fille continuera à subir cette pratique, le combat restera d'actualité.